
VOITURE volontairement simplifiée pour contenir les prix ou petit écrin doré sur tranche vendu à tarif doublé, il n'y a pas d'alternative : les deux solutions sont non seulement pleinement valables mais absolument complémentaires. La Dacia Logan a, à elle seule, causé une véritable secousse tellurique, si inattendue que Louis Schweitzer, alors président de Renault, n'imaginait pas pouvoir la vendre aisément dans les pays évolués. Au point qu'il demandait leur avis aux journalistes spécialisés, déjà convaincus du contraire. Carlos Ghosn peut lui dire merci car une bonne part de la croissance des ventes du groupe revient à ce que certains estiment être un « vilain petit canard » roumain. Tous les constructeurs se sont interrogés sur ce succès qui a laissé perplexe mais il faut se rendre à l'évidence, une voiture minimale qui ne soit pas une trop petite voiture a du sens.
Sur ce thème, Citroën, dont le service de design fourmille d'idées piquantes, aimerait réinventer la mythique 2 CV. Son prototype de Cactus apparaît comme la plus solide tentative du genre. On verra l'avenir qui lui sera réservé mais cela n'interdit pas de concevoir d'autres modèles plus petits et, paradoxalement, plus chers. La planète automobile entière rêve ainsi de rééditer le coup magistral de BMW avec la Mini
(voir page 2) qu'il vend à des tarifs insolents mais, excepté Fiat en passe de l'imiter avec la 500, personne encore n'y est parvenu.
La bonne mesure semble osciller entre 3 mètres et 3,50 mètres mais la première est beaucoup plus difficile à réaliser. Smart a trouvé la solution en ne retenant que deux places, y compris sur la dernière version totalement remaniée. Toyota estime cela intéressant mais hésite à n'offrir que deux places. Il a donc fait mieux et logé trois places, voire une quatrième de secours dans un format plus compact encore que celui de la Smart. Un véritable exploit dû au centre de design français de Sophia Antipolis.
Pas de confusion possible avec l'Aygo, plus longue de 42,5 cm sur cette voiture de 2,98 m seulement dont le trois cylindres ne tient que peu de place sous le capot avant. Aussi large et haute qu'une Yaris, l'IQ Concept présente deux vraies places mais le tableau de bord incurvé devant le passager permet d'avancer le siège au maximum et, dans ce cas, d'utiliser à l'arrière un troisième siège qui diminuera la capacité du coffre à bagages. Éventuellement en sacrifiant totalement le coffre, un strapontin derrière le siège conducteur pourra au besoin accueillir un jeune enfant.
« Nous nous interrogeons sur l'avenir de cette architecture, dit Michel Gardel, le président de Toyota France.
Ce prototype est un test grandeur nature de clientèle mais nous aimerions vraiment le lancer, probablement en 2009 si l'accueil est favorable. » Le mètre carré étant de plus en plus convoité dans les villes et beaucoup de citadins s'étant convertis aux voyages en TGV ou en avion, ce type de voiture ultracompacte a du sens et un prix : 13 000 eur estimés.
Pourtant, bien peu osent descendre sous la barre des 3 mètres et c'est plutôt à 3,50 mètres que la « petite » voi- ture trouve toute son expression. Spécialistes dans le domaine, les Japonais ont même décliné le concept en monospace, SUV, coupé et même cabriolet ! Une famille d'expression à part entière donc et Nissan le rappelle à point nommé avec son prototype de coupé, le Mixim, destiné à réconcilier avec l'automobile des adolescents qui, parvenus à l'âge de consommer en 2015, la considèrent
« comme un héritage bruyant et polluant du siècle dernier ».
Sous son profil d'avion furtif, le Mixim veut bousculer cet a priori. Elle dispose ses quatre places en losange, le conducteur étant en pointe, le quatrième siège faisant figure de secours. Et pour faire bonne mesure et attirer la génération
« computer », les commandes avec volant multifonction façon F1 et les projections visuelles au tableau de bord créeront un univers familier à ces nouveaux consommateurs.
« Qu'ils vivent en Europe, aux États-Unis ou au Japon, les adolescents ne sont pas fervents de l'automobile. Elle ne fait tout simplement pas partie de leur culture. Nous pouvons nous échiner à créer la meilleure pub télé, cinéma ou même Internet au monde, si elle concerne une voiture, ils ne la regarderont même pas ! » dit François Bancon, auteur de ce projet décoiffant. D'où l'idée de Mixim qui doit les reconnecter avec l'automobile. Signe des temps, les moteurs sont électriques.
Ce coup d'audace de Nissan dénote tout de même à quel point certains constructeurs, et non des moindres, s'interrogent sur leurs clients du futur. Beaucoup évacuent l'idée de la toute petite voiture. Renault, qui a planché sur un projet de R2, considère le projet non viable sauf à faire un engin tout électrique. Volkswagen, tenté comme bien d'autres par le low-cost, ne partage pas cet avis et situe même la taille idéale pour un modèle occidental autour de 3,50 mètres.
Son projet de Up ! (avec un point d'exclamation) est de cette race-là et se singularise par un moteur à deux (voire trois) cylindres placé à l'arrière, comme sur la Coccinelle. Cet hommage à l'ancêtre, mais avec plus d'impertinence encore, vise un éventail de prix assez large dont l'entrée de gamme se situerait à 6 000 euros seulement. Bien sûr, il s'agit de protéger la planète. Plus le modèle et le moteur sont petits, plus c'est facile. Up ! a beau jeu ainsi d'afficher au tableau de bord la quantité de CO2 qu'elle rejette à chaque instant.