• Le Parti socialiste confronté à l'impossible choix d'un leader

    De forums politiques en colloques divers, le PS, depuis la défaite à la présidentielle, ne cesse de réfléchir pour, dit-on, se remettre en cause. L'heure est à la rénovation/reconstruction. Individualisation des comportements, mondialisation financière, mutation du capitalisme, réforme du marché du travail... Les sujets sensibles sur lesquels les socialistes doivent se prononcer ne manquent pas. Pourtant, ce n'est pas sur le terrain idéologique que se situe sans doute la principale difficulté pour eux. Le point le plus épineux de la rénovation socialiste, c'est la reconstruction d'un leadership.
    La question sera donc abordée en dernière ! Pour ne pas la traiter, le PS regorge d'idées. Il y a ceux qui plaident pour un « congrès de transition » et donc un premier secrétaire affaibli. Il y a ceux aussi qui proposent une direction collégiale laissant de côté les présidentiables. « C'est la guerre des chefs qui affaiblit le leadership », explique-t-on. Il ne s'agit que de reculer pour mieux sauter : en 2010, les socialistes ont prévu de faire du premier secrétaire élu leur candidat naturel à la présidentielle. Dans la culture socialiste, il n'allait pas de soi de lier ainsi les deux.
    L'enjeu n'est pas qu'électoral. L'état du leadership et la clarification politique sont corrélés. Or, depuis cinq ans, l'idée d'autorité est mise à mal au PS. Depuis 2002, la fonction de premier secrétaire s'est lentement dégradée : la légitimité institutionnelle tirée du vote direct des militants n'était plus en rapport avec l'autorité politique. Le vide laissé par le retrait de Lionel Jospin en 2002 puis les divisions lors de la campagne référendaire de 2005 sur l'Europe ont permis à des sensibilités différentes et concurrentes d'exister. Cette crise latente - résumée par l'indécision issue du congrès du Mans - n'a pas été résolue par la désignation, pour 2007, de Ségolène Royal. Durant sa campagne, la présidente de Poitou-Charentes n'a pas non plus cherché à réunir les socialistes derrière elle, théorisant au contraire une mise à l'écart du parti pendant la campagne.
    Après son échec, malgré des sondages encore favorables, elle n'a pas été en mesure de prendre les commandes du parti, à la différence de son prédécesseur Lionel Jospin en 1995. Il y a la persistance des rivalités, certes, mais ce n'est pas l'essentiel. L'autorité de Jospin était antérieure à sa campagne présidentielle. Elle n'était pas tributaire de l'opinion. Pour Ségolène Royal, c'est l'inverse. Sa légitimité a donc été plus durement attaquée par la défaite. Même ses partisans lui demandent aujourd'hui de « faire ses preuves ». Dans le même temps, le maire de Paris Bertrand Delanoë se place en alternative possible. Et François Hollande entretient le mystère sur ses ambitions à long terme. Le régime de concurrence perdure.
    Tôt ou tard, il faudra bien choisir. Mais comment ? Depuis 1981, les socialistes savent que la victoire est possible. En désignant leur leader, ils entendent choisir celui qui peut les faire gagner, quelle que soit la ligne. En 1994, après le congrès très à gauche de Liévin, le PS était prêt à adouber Jacques Delors. En 2007, les sondages victorieux ont porté Ségolène Royal avant même qu'elle ne présente un projet. Mais aujourd'hui ce critère n'est pas d'un grand secours : cinq ans avant 2012, le statu quo est le meilleur moyen de préserver son potentiel.
    Est-il néanmoins possible de départager les idées ? Le congrès de Metz, en 1979, avait vu la ligne de François Mitterrand s'imposer face à celle de Michel Rocard. Mais pour l'instant, les présidentiables dont on parle aujourd'hui ne se sont pas démarqués fondamentalement. Ni Royal, ni Delanoë, ni Hollande n'ont encore théorisé « leur » socialisme. Pensent-ils la même chose ? Sur l'essentiel, oui. Mais pas sur tout. Ce qui peut les distinguer, c'est notamment leur conception du parti. Mais là, on touche au « vivre ensemble ». Pas sûr que les socialistes soient prêts à un constat de désaccord sur le mode de vie commun.
    Mais au fait, les socialistes ont-ils envie de choisir ? Ils craignent, par-dessus tout, les conséquences d'une guerre des chefs, comme ce fut le cas lors du congrès de Rennes en 1990. Le PS avait ensuite connu des années d'instabilité et de divisions. Le message que les militants adressent à leurs dirigeants est de remiser leurs divisions.
    De toute façon, le casting n'est peut-être pas le bon... Dans le dernier baromètre Ifop pour Paris Match, la meilleure personnalité pour devenir numéro un du PS est... « une autre ». 36 % des personnes interrogées ne sont convaincues ni par Bertrand Delanoë (préféré par 28 % des sondés) ni par Ségolène Royal (18 %). Mais il n'est pas sûr que faire émerger un « nouveau » premier secrétaire facilite la situation. La liste des candidats à la candidature s'allonge alors énormément : François Rebsamen, Vincent Peillon, Benoît Hamon, Michel Sapin, Harlem Désir, Pierre Moscovici... Choisir le plus consensuel ne sera pas un gage de clarification politique.
    Aujourd'hui, les socialistes sont dans l'incapacité de se reconnaître dans un leader. Ils reportent l'heure du choix. En attendant peut-être qu'un élément extérieur modifie la situation et permette une sélection naturelle.
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