
SANS SURPRISE pour les marchés, qui avaient anticipé un statu quo, le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a maintenu inchangé l'ensemble de ses taux directeurs. Le principal taux de refinancement pour les banques reste à 4 %.
Durant la conférence de presse qui a suivi la réunion mensuelle des gouverneurs, tenue exceptionnellement à Vienne,
Jean-Claude Trichet s'est efforcé de montrer qu'il se préoccupe autant de l'inflation que d'une décélération éventuelle de la croissance dans la zone
euro.
« Nous nous attendons à ce que le taux d'inflation reste au-dessus de 2 % à la fin de 2007 et au début de 2008, avant de remonter à nouveau », a-t-il expliqué. «
Compte tenu de la croissance vigoureuse de la masse monétaire et du crédit dans la zone euro », la BCE
« est prête à parer aux risques haussiers (pesant sur) la stabilité des prix comme le requiert notre objectif principal » (de 2 %). Mais, contrairement aux discours sans cesse répétés depuis deux ans pour accompagner la remontée des taux directeurs, Jean-Claude Trichet n'a pas qualifié cette fois
« d'accommodante » la politique monétaire. Les économistes de marché ont tous relevé cette légère nuance.
« La BCE est loin, très loin, de baisser les taux d'après ses propos », estime Holger Schmieding, économiste de la Bank of America, interrogé par l'AFP à Francfort.
L'analyse de la croissance a elle aussi peu changé.
« Les fondamentaux de l'économie de la zone euro vont dans le sens d'une perspective favorable à moyen terme pour l'activité économique : en particulier les bénéfices des entreprises et la profitabilité ont été soutenus, la croissance de l'emploi a été robuste et le chômage a baissé », constate Trichet. Toutefois, le gouverneur de la BCE reconnaît qu'il y a «
un certain nombre de risques de baisse » de la croissance, liés à
« l'impact potentiel de la volatilité accrue des marchés financiers ».
Alors que les dirigeants politiques européens viennent d'exprimer leurs préoccupations vis-à-vis de l'euro cher, en particulier le président du conseil italien, Romano Prodi, et Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Trichet a fait cette réponse :
« Les taux de change sont un des paramètres (de la politique monétaire), dans la mesure où ils ont une influence sur les risques (pesant) sur la stabilité des prix. » Il a par ailleurs fait appel à
« la discipline verbale » des dirigeants, notant que «
la méthodologie » en matière de change,
« c'est que gouvernements et exécutifs n'ont qu'une seule position, autrement c'est le désordre le plus complet ».
Quelques pistes esquissées
En prévision de la réunion du G7 à Washington, le 19 octobre, il a esquissé quelques pistes.
« Nous considérons une volatilité excessive (des monnaies) très contre-productive pour la croissance. » Et tout en se félicitant que
« le secrétaire au Trésor américain déclare qu'un dollar fort est très important », il a de nouveau conseillé aux marchés de
« prendre progressivement en compte les fondamentaux meilleurs de l'économie japonaise ». Un appel à la réappréciation du yen.