• Prud'homales : un test majeur pour les syndicats

    Marc Landré
    03/12/2008 | Mise à jour : 20:35
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    Des avocats défendent le dossier de leurs clients, le 24 novembre, lors d'une audience au conseil des prud'hommes à Paris.
    Des avocats défendent le dossier de leurs clients, le 24 novembre, lors d'une audience au conseil des prud'hommes à Paris. Crédits photo : AFP

    Mercredi en fin d'après-midi, la participation des salariés était en baisse par rapport à 2002, avec 19,46% de votants, mais en hausse parmi les employeurs à 22,38%.

    C'est le jour J : 19 188 963 électeurs (dont 518 637 employeurs) sont appelés mercredi à se rendre dans les 20 009 bureaux de vote répartis sur le territoire (le lieu est inscrit en haut de chaque carte électorale prud'homale). 78 654 électeurs parisiens ont déjà voté par Internet et on estime entre un et deux millions ceux ayant effectué leur devoir civique par correspondance.

    Outre l'élection de 14 512 juges des 210 conseils prud'homaux, ce scrutin unique en Europe doit permettre à chaque organisation syndicale de se chiffrer, à l'aube des nouveaux critères de représentativité qui donnent la primauté à l'élection dans les entreprises. Bref, de réaliser une photographie instantanée du paysage syndical. Reste à espérer que la participation dans le collège salarié (qui compte 2 millions d'inscrits de plus qu'en 2002) sera supérieure aux 33 % réalisés il y a six ans. Passage en revue des forces, des enjeux et des stratégies syndicales en présence.

    • CGT

    32,13 % en 2002
    Objectif : progresser

    La CGT a fait de cette élection un «test social grandeur nature», à destination du gouvernement. «Nous voulons envoyer un message très clair sur ce que les salariés attendent comme réponse à la crise», revendique Bernard Thibault qui a sillonné le pays durant cinq semaines pour porter la bonne parole cégétiste. Au programme de la «tournée électorale» inédite du secrétaire général : soutien aux travailleurs en lutte, visite d'entreprises en difficulté, ou encore distribution de tracts dans les centres commerciaux et aux ronds-points stratégiques «pour susciter une plus large participation». L'objectif de la CGT est simple : conforter son leadership et creuser l'écart avec la CFDT. «Nous visons une progression alors que nous avions tendance à nous tasser, explique Bernard Thibault. La montée de l'inquiétude et l'attente d'une réponse claire à la crise doivent conduire les salariés à voter pour la CGT.»

    • CFDT

    25,23  % en 2002
    Objectif : + 1 ou 2 points

    Depuis septembre, la CFDT hausse le ton contre le gouvernement, stigmatisant une «politique de gribouille sans cohérence ni concertation». Selon François Chérèque, Nicolas Sarkozy «poursuit une dérégulation sociale dangereuse pour l'économie, risquée pour les entreprises et nocive pour les salariés.» Pis, le secrétaire général de la CFDT accuse même le président de la République d'avoir accru les inégalités et détruit des emplois par sa politique. Lui aussi a privilégié une campagne de proximité - un «tour de France» en 7 étapes - basée sur le «respect» du salarié et la promotion d'un syndicat moderne qui «sait prendre ses responsabilités». Son objectif ? Progresser de 1 ou 2 points. «Les évolutions prud'homales sont par nature assez faibles, mais ça va être plus compliqué du fait de l'augmentation du nombre de listes et de votants, explique François Chérèque. Pour faire le même score qu'en 2002, il nous faut en réalité progresser en voix.»

    • FO

    18,28 % en 2002
    Objectif : progresser

    Comme ses homologues, Jean-Claude Mailly a sillonné les routes de France, plus de 20 000 kilomètres avalés en voiture ces derniers mois. Les thèmes mis en avant se résument à une critique généralisée de la politique du gouvernement. À une nuance près. Le patron de FO a également tapé sur la CFDT et la CGT, accusées d'avoir ouvert la porte à la déréglementation des 35 heures. Il reproche à Bernard Thibault et François Chérèque d'avoir signé en avril avec le Medef et la CGPME une «position commune» qui, outre le fait d'avoir révolutionné les critères de représentativité, proposait de renvoyer à l'entreprise la détermination du temps de travail. Le gouvernement a décidé d'aller plus loin encore, provoquant la colère des signataires et l'indignation des autres centrales. «Quand on signe des conneries, il faut assumer», accuse aujourd'hui, Jean-Claude Mailly. Certaine de se maintenir à la troisième place, FO compte profiter du rajeunissement de son image et des retombées de sa campagne originale sur Internet.

    • CFTC

    9,65 % en 2002
    Objectif : 15 %

    Le score de la CFTC est la très grosse inconnue de ces prud'homales. La centrale chrétienne, qui est la plus menacée par les nouvelles règles de représentativité, a fait elle aussi une campagne de proximité en ciblant les abstentionnistes, les jeunes et les indécis. Son thème privilégié ? La nécessité de garder dans le paysage un «courant chrétien fort, à mi-chemin entre le front du refus et le syndicalisme d'accompagnement», selon Jacques Voisin, son président. Nul ne peut dire de plus quel sera l'impact précis sur les votes de la guerre fratricide pour la présidence de la confédération qui a opposé en octobre Jacques Voisin, le sortant finalement réélu, et Joseph Crespo, le patron de la Métallurgie ? Seule certitude : l'objectif visé de 15 % paraît bien ambitieux.

    • CFE-CGC

    7,01  % en 2002
    Objectif : 10  %

    La CFE-CGC s'est appropriée dans la dernière ligne droite le slogan victorieux de Barack Obama «Yes we can». Syndicat catégoriel, la centrale présidée par Bernard Van Craeynest a fait campagne sur des problématiques propres aux cadres, comme l'instauration d'un salaire minimum interprofessionnel plancher pour les cadres, le refus du forfait cadres à 235 jours, la reconnaissance du stress comme maladie professionnelle… L'enjeu pour la CFE-CGC est moins dans le nombre absolu de voix qu'elle récoltera que dans la reconquête de la première place dans le collège encadrement, conquise par la CFDT en 1997 et ramenée à 6 points en 2002. «C'est notre objectif prioritaire», reconnaît BVC qui regardera aussi de près le score de l'Unsa, avec laquelle la CFE-CGC prévoit de fusionner. En cumulé, les deux centrales ambitionnent de réaliser 18 % des voix.

    • Unsa

    4,99 % en 2002
    Objectif : 8 %

    Le petit poucet du syndicalisme compte obtenir sa reconnaissance avec ces élections et présente des listes dans presque tous les conseils. Forte de ses 5 % obtenus en 2002 et à l'issue d'une campagne de terrain centrée sur le thème du renouvellement et de la promotion d'un syndicalisme de services, la centrale dirigée par Alain Olive vise 8 % cette année.

    • Solidaires

    1,51 % en 2002
    Objectif : 5 %

    En présentant 3,5 fois plus de listes qu'en 2002, l'union des syndicats Sud réunis sous la bannière Solidaires devrait progresser et entend approcher 5 %. Se présentant comme «un syndicalisme de luttes indépendant» proche des exclus et des chômeurs, ce mouvement ultracontestataire a fait campagne sur le refrain très prisé en période de crise de la lutte des classes et de la collusion entre le gouvernement et le patronat.

    » REPORTAGE - Un après-midi ordinaire au tribunal du Havre

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