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La République démocratique du Congo, un géant morcelé

Publié le 19 juillet 2006
Actualisé le 21 août 2006 : 11h12
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Pour la première fois depuis quarante ans, la population avait rendez-vous avec les urnes le 30 juillet dernier pour élire ses représentants nationaux et le président de la République. L’enjeu : mettre fin à des années de conflit ethniques meurtriers. Mais avec 50.000 bureaux de vote disséminés dans un pays grand comme quatre fois la France, le défi logistique est de taille. Le 29 octobre, le second tour opposera le président sortant, Joseph Kabila, à son vice-président, Jean-Pierre Bemba. [Diaporama réalisé par Marianne Enault (lefigaro.fr)]
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Campagne électorale. Le 30 juillet, les électeurs congolais ont voté massivement et dans le calme pour le premier scrutin libre organisé en République démocratique du Congo (RDC) depuis quarante ans. L’enjeu est de taille : il s’agit de conforter la transition politique initiée en 2003, après des années de guerres ethniques et autant de régimes autoritaires. « La réussite des élections au Congo changera la face de l’Afrique », résume le chef de la Mission de l’Onu en République démocratique du Congo (Monuc). A l’issue du premier tour, le président sortant, Joseph Kabila, est en tête (44,8 %), devant son vice-président, Jean-Pierre Bemba. Les deux hommes s’affronteront lors d’un second tour le 29 octobre. Les Congolais devront donc s’armer de patience : le nom du président ne devrait pas être connu avant novembre. (AP/A. Sundaram)
Un géant. La République démocratique du Congo, également appelée Congo-Kinshasa pour la différencier du Congo-Brazzaville voisin, s’étend sur plus de 2,3 millions de kilomètres carrés. Quatre fois plus que la France. Dans ce pays de 60 millions de personnes, quatre langues nationales et plus de 200 langues locales cohabitent. Aucun groupe ethnique ne représente plus de 5 % de la population. (Ministère des Affaires étrangères)
Colonie belge. En 1878, le roi des Belges, Léopold II, initie l’exploration du Congo. Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, est fondée en 1881. Quatre ans plus tard, l’Etat libre du Congo, possession personnelle du souverain belge, est créé. Pendant 75 ans, l’ordre colonial est marqué par une exploitation brutale des matières premières du pays, l’instauration des travaux forcés et la mutilation des femmes. Au milieu des années 50, à l’approche des premiers sursauts indépendantistes en Afrique, peu d’élites administratives et politiques locales sont formées. Mais en janvier 1959, des émeutes à Léopoldville achèvent de convaincre la Belgique de quitter le territoire. L’indépendance est proclamée le 30 juin 1960. (DR)
Clivage. Indépendant, le Congo-Kinshasa peine à trouver une stabilité politique. La campagne électorale qui suit la proclamation de l’indépendance fait apparaître un clivage entre les partisans d’une solution confédérale avec la Belgique et ceux qui prônent l’instauration d’un Etat fort. Ces derniers l’emportent en mai 1960, emmené par Patrice Lumumba, le chef du Mouvement national congolais (MNC). Le leader cède la présidence à Joseph Kasavubu et prend le poste de premier ministre. Mais les partis politiques exclus du gouvernement ne tardent pas à semer le trouble. Plusieurs provinces réclament leur indépendance et une partie de l’armée congolaise se rebelle. (AP)
10 millions de morts. Dès juillet 1960, la province du Katanga, au sud-est du pays, fait sécession. Moïse Tshombé prend la tête de la rébellion. Le 14 septembre 1960, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, soutenu par la CIA, tente un coup d’Etat. La guerre civile se propage bientôt à tout le territoire. En janvier 1961, Patrice Lumumba est assassiné. La guerre pousse des milliers de personnes sur la route. Entre 1908 et 1997, plus de dix millions de Congolais sont massacrés par le pouvoir en place. (AFP)
32 ans de dictature kleptocratique. Après sa première tentative ratée de coup d’Etat, le colonel Mobutu renouvelle l’expérience en 1964. Soutenu par la Belgique, la France et les Etats-Unis, il s’autoproclame président du Congo en 1965 et prend le titre de « Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga » (« le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter »). Joseph-Désiré Mobutu instaure un régime autoritaire de type présidentiel, fondé sur un parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). Devenu général il est élu en 1970 pour un mandat présidentiel de sept ans et lance un vaste programme d’africanisation. Objectif : le « recours à l’authenticité », à savoir le désir d’affirmer « l’africanité congolaise » accompagné du refus des valeurs venues d’ailleurs. Après 32 ans de régime autoritaire, « le Léopard de Kinshasa » est chassé du pouvoir en 1997. Exilé au Maroc, il meurt quelques mois plus tard d’un cancer de la prostate. (AP)
Puissances étrangères. Sous Mobutu, la nationalité zaïroise n’est accordée qu’aux Congolais dont les ancêtres vivaient sur le territoire avant 1885. Se sentant menacés, les Zaïrois d’origine rwandaise, nombreux sur le territoire, prennent les armes en octobre 1996. En 1997, la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila (aidée militairement par l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et l’Angola) entre dans Kinshasa et chasse le président Mobutu. Accueilli en libérateur par les Zaïrois, Kabila ne tarde pas à prendre le costume de dictateur de son prédécesseur. Kabila Ier suspend toutes les institutions congolaises, les partis d’opposition et la Constitution. Le Zaïre devient la République démocratique du Congo. (AP/ S. Zuydam)
Guerre civile 1998-2003. Forts de leur soutien à Kabila Ier, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi occupent le nord et l’est du pays. Mais en 1998, le président congolais se retourne contre ses alliés d’hier et renvoie dans leur pays tous les soldats étrangers. Immédiatement, le Rwanda et l’Ouganda envahissent l’ouest de la RDC. L’Angola, le Zimbabwe, le Namibie et le Tchad, alliés de Kabila, s’installent dans l’est du pays. Presque la moitié du territoire passe sous le contrôle étranger. Le 16 janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné par l’un de ses colonels. Cette guerre régionale a tué plus de 3 millions de personnes. (AFP/L. Healing)
Transition. Après quelques jours d’instabilité, le Parlement opte pour la « solution dynastique » et place, le 24 janvier 2001, le fils aîné du président assassiné, Joseph Kabila, à la tête de l’Etat. Dans son premier discours à la Nation, le « plus jeune président du monde » (35 ans) promet « l’ouverture » du régime hérité de son père. Mais Kabila II hérite d’un géant divisé en trois zones occupées. Suite aux accords de Pretoria de décembre 2002 entre les différentes parties en conflit, des institutions de transition se mettent en place. En décembre 2005, 84 % des Congolais approuvent par référendum la nouvelle Constitution. Mais les territoires du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Katanga et de la province orientale d’Ituri se trouvent toujours sous le contrôle de groupes armés étrangers et des milices locales. Le 27 juillet, à trois jours des élections générales, trois des principales milices opérant dans l’est du pays ont toutefois accepté de déposer les armes. (AP/T. Hadebe)
Élections générales. Joseph Kabila se targue d’avoir réussi sa mission : mener le pays vers l’organisation d’élections. La campagne est marquée par la présence des acteurs de la dernière guerre et par le retour sur la scène politique des mobutistes, les partisans de l’ancien dictateur. Kabila II lance l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), une vaste plate-forme regroupant 31 partis politiques, avec l’objectif de l’emporter dès le premier tour et de poursuivre la restauration de l’Etat, fort d’un « pouvoir légitime et démocratiquement acquis ». Un objectif contrarié par le bon résultat de son vice-président, Jean-Pierre Bemba. Les deux hommes s’affronteront lors d’un second tour le 29 octobre. (AFP/M. Kappeler)
Jean-Pierre Bemba. Le 20 août 2006, la Commission électorale indépendante annonce les résultats du scrutin présidentiel : Joseph Kabila arrive en tête, avec 44,8 % des suffrages, devant son vice-président, Jean-Pierre Bemba. Alors que les sondages le créditaient de 6,6 % des intentions de vote, Bemba, issu d’une ex-rébellion soutenue par l’Ouganda, obtient 20,03 % des voix, obligeant son rival à accepter un second tour. A la tête du Rassemblement des nationalistes congolais (Renaco, 23 partis), il table sur son bilan à la tête de la Commission économique et financière du gouvernement, qui a vu en trois ans « la stabilisation des prix » et la « relance de la croissance » pour se faire élire. Le Renaco promet, entre autres, d’assurer le bien-être social des Congolais. (AP/C. Tomlinson)
Antoine Gizenga. En l’absence du principal parti d’opposition, le seul représentant de l’opposition historique demeure Antoine Gizenga. Et l’absence de l’UDPS a profité au vieil opposant non armé, gardien depuis 45 ans de l’héritage politique de Lumumba. Sa formation, le Parti lumumbiste unifié (Palu) étant, avec la plate-forme de Kabila, la seule à disposer d’un électorat potentiel dans chacune des 11 provinces du pays. A l’issue du premier tour, il arrive en troisième position avec 13,06 % des voix. (AP/E. Isango)
Pierre Pay-Pay. Outre la présence forte des ex-belligérants, cette campagne est marquée par le retour sur la scène politique des mobutistes, avec notamment Pierre Pay-Pay, ancien gouverneur de la Banque centrale, originaire du Kivu. A la tête de la Coalition des Démocrates congolais (Codeco), il obtient 1,58 % des suffrages. Nzanga Mobutu, l’un des fils du dictateur, arrive en quatrième position avec 4,77 % des voix. (DR)
Azarias Ruberwa. Actuellement vice-président, Ruberwa est le chef d’une ex-rébellion soutenue par le Rwanda, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dont le drapeau est orné d’une colombe et du message « Paix et bonne gouvernance ». Le RCD a tenté jusqu’à la veille de la campagne de faire entrer dans le processus électoral le principal parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui boycotte les scrutins du 30 juillet. En vain. A l’issue du premier tour, Azarias Ruberwa ne remporte que 1,69 % des suffrages. (DR)
Congolité. La campagne a été marquée par une augmentation des atteintes aux libertés de la presse et par le développement de discours haineux relayés par les médias privés appartenant aux candidats. Le Conseil de sécurité de l’Onu a notamment mis en garde contre l’apparition du thème de la « congolité », version locale de « l’ivoirité », et appelé les candidats à la responsabilité lors de ce « scrutin historique » visant à la « réconciliation nationale ». A l’issue du premier tour, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, s’est toutefois félicité de la bonne tenue des élections, estimant qu’elles étaient « un événement historique ». (AP/A. Sundaram)
Economie. Un défi de taille attend le prochain président : l’amélioration du niveau de vie. 75 % des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour. La RDC dispose pourtant d’un potentiel économique considérable : le barrage d’Inga, sur le fleuve Congo, à 200 km de Kinshasa, représente ainsi le plus important potentiel hydroélectrique d’Afrique. Dans le Katanga et le Kasai, le potentiel minier (cuivre, zinc, diamant) est considérable. Mais l’instabilité politique, le manque d’infrastructures, en particulier de routes, et l’exploitation illégale des ressources naturelles constituent autant de frein pour un décollage économique du pays. (AP/HO)
Présence internationale. Pour prévenir toute tentative de déstabilisation des institutions, une force militaire de l’Union européenne, forte de 800 hommes, avait été déployée à Kinshasa. Les militaires européens ont collaboré avec la Mission de l’Onu en RDC (Monuc), composée de 17.600 casques bleus. En janvier, huit soldats de la paix guatémaltèques ont été tués lors d’un accrochage avec des rebelles ougandais. Huit autres, de nationalité népalaise, ont été capturés puis libérés en juin. Depuis 1999, les combats entre miliciens, et les violences interethniques ont fait plus de 60.000 morts dans la seule province d’Ituri. (AFP/D. Minkoh)

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