Il est toutefois loin de la majorité absolue des deux tiers requise pour s'imposer dans les débats. Podemos, le principal adversaire du MAS, de l'ancien président Jorge Quiroga, a obtenu 67 sièges, soit 26% des sièges.
Fait remarquable, l'organisation du scrutin a respecté les délais annoncés par le président lors de son élection, dans un pays où les autorités tiennent rarement leurs promesses. Evo Morales a voulu répondre au plus vite aux exigences des secteurs ruraux et indigènes. «Ceux qui discriminent, ceux qui exploitent et marginalisent, ceux qui haïssent les mouvements paysans doivent être arrêtés, tout comme l'inégalité et l'injustice», a-t-il déclaré.
Nouvelle réforme agraire
Après avoir utilisé les décrets présidentiels pour imposer les premières réformes, notamment la nationalisation des hydrocarbures, le président comptait sur une large majorité pour redonner à l'Etat un rôle central dans l'économie, dessiner une nouvelle réforme agraire, et permettre aux mouvements indiens d'imprégner la vie sociale (éducation, justice, mode de gouvernement) de leurs coutumes.
L'opposition y voyait surtout une tentative d'Evo Morales d'affaiblir les institutions et de consolider son pouvoir. Elle en voulait pour preuve la proposition de permettre au président d'être réélu au terme de son mandat, disposition aujourd'hui interdite. L'ex-cultivateur de coca suivrait ainsi les traces du Vénézuélien Hugo Chavez, qui avait, dès son arrivée au pouvoir en 1999, invité ses concitoyens à réécrire la Constitution. La comparaison entre un Venezuela riche de pétrole et le plus pauvre pays d'Amérique du Sud a trouvé ses limites.
Malgré une popularité au zénith, Evo Morales se heurte aux régions orientales du pays, qui craignent d'être dépossédées de leurs richesses (elles concentrent les hydrocarbures) au profit des pauvres des hauts plateaux. Même si le MAS a de plus en plus de partisans dans l'Est, le résultat d'un autre scrutin, également célébré ce dimanche, a souligné ce divorce. Interrogées sur l'opportunité de bénéficier de plus d'autonomie par rapport au pouvoir central, quatre des neuf provinces – Santa Cruz, Tarija, Pando et Beni à l'Est et au Nord –, ont répondu oui, défiant ainsi Evo Morales.
Après avoir braqué ses voisins brésiliens et argentins (principaux consommateurs du gaz bolivien) Evo Morales joue l'humilité. La première réunion de l'Assemblée constituante, le 6 août, devrait se faire en présence du Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, de l'Argentin Nestor Kirchner et du Vénézuélien Hugo Chavez. En outre, le chef d'Etat bolivien a dit espérer la présence de la Chilienne Michelle Bachelet et du chef du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero.
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