Entre soulagement et craintes pour l'avenir, la population du nord d'Israël hésite à se réjouir du cessez-le-feu.
Entre soulagement et craintes pour l'avenir, la population du nord d'Israël hésite à se réjouir du cessez-le-feu.
À METULLA, vieille bourgade pittoresque aujourd'hui envahie de réservistes en uniforme de l'extrême nord d'Israël, les résidants commencent à croire au cessez-le-feu, qu'ils soient civils ou militaires. Le fait que pas la moindre détonation n'ait été entendue en provenance des villages chiites du Liban-Sud – qu'on distingue parfaitement de n'importe quelle terrasse de Metulla – confirme, pour les Israéliens du nord de la Galilée, que quelque chose de sérieux est en train de se passer de l'autre côté de la frontière. Les enfants, qui avaient été évacués vers le sud du pays dès le début de la guerre, ne sont pas encore revenus ; mais les pères qui étaient restés pour continuer à entre tenir leurs vergers ou tenir leurs hôtels touristiques ne croient pas à une reprise immédiate des hostilités. «Avec ces milliers de Libanais qu'on voit, à la télé vision, se ruer sur les routes pour retourner chez eux, je ne vois pas le Hezbollah prendre la responsabilité d'une nouvelle provocation», explique le patron d'un gîte d'hôtes aménagé dans une villa de style Bauhaus.Résignés au silence des armes, les résidants de Metulla ne cessent de se poser une question, dans leurs conversations à l'ombre des palmiers et des cyprès : «Qui donc a gagné cette guerre ?» Le professeur d'université Moshe Gottlieb, officier réserviste en uniforme, analyse froidement la situation : «Au début de cette guerre, le gouvernement avait publiquement annoncé quatre objectifs : la récupération des deux soldats enlevés le 12 juillet ; le déploiement de l'armée libanaise sur la frontière ; le désarmement de la milice du Hezbollah ; la mise en place d'un embargo sur les armes lui parvenant de Syrie et d'Iran.» En scientifique accompli, Moshe énumère : «le premier, le troisième et le quatrième objectifs ne sont clairement pas atteints aujourd'hui par Israël. Le deuxième a de fortes chances d'aboutir, et nous pouvons espérer que le Hezbollah sera de facto repoussé vers le nord et qu'il ne pourra plus monter des raids contre notre frontière. Il faut reconnaître que le bilan est pour le moment modeste !»Frustration de la populationQuand il se tourne du côté du Hezbollah, ce spécialiste de chimie industrielle, enseignant à l'université de Beersheva (chef-lieu du désert du Néguev), refuse de reconnaître à l'organisation islamiste chiite une victoire tous azimuts. Lundi soir, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a revendiqué une «victoire stratégique historique» sur Israël. Moshe lui concède que si ses buts étaient de tuer le plus possible de soldats juifs et de devenir ainsi le héros des masses populaires politiquement frustrées du monde arabo-musulman, le coup est brillamment réussi. En revanche, le professeur officier estime que le Hezbollah a perdu le pouvoir de dissuasion que lui donnait son immense stock de missiles, de fabrication syrienne ou iranienne. «Quatre mille roquettes sont tombées sur le territoire israélien. Elles ont tué trente-cinq civils. C'est terrible pour les familles touchées, mais ce n'est pas grand-chose en termes absolus. Chaque année, les accidents de voiture tuent 500 Israéliens. Les attentats suicides ont fait presque un millier de morts en Israël. Le pays a appris à vivre avec les roquettes. Nasrallah ne pourra plus tenter d'intimider le gouvernement israélien avec cette menace !» Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, Moshe estime que «les victoires éclatantes n'apportent pas toujours que du bon, car elles renforcent la volonté de puissance des gouver nements. Que nous a apporté notre brillante victoire de 1967 ? Des territoires occupés et des ennuis !» Il est vrai que seule la guerre du Kippour (octobre 1973), au succès militaire mitigé, fut suivie, pour Israël, par une brillante victoire politique : la paix avec l'Égypte, son ennemi jusque-là le plus dangereux.L'ancien premier ministre Benyamin Nétanyahou, aujourd'hui leader de l'opposition, n'a pas cherché à exploiter politiquement la frustration évidente de la population israélienne. Dans son discours à la Knesset, il ne s'est pas étendu sur les «erreurs commises», que tout le monde connaît en Israël (stratégie militaire indécise du gou vernement, incapacité de l'armée à protéger la population du nord du pays, etc.). Mais il a prononcé une phrase définitive, que tous les Israéliens se répètent désormais : «Que les Arabes déposent les armes et ce sera la paix. Que les Juifs déposent les armes, et ce sera la disparition d'Israël !»