
Ce premier roman d'Antonio Pennacchi traduit en France entraîne le lecteur sur les pas d'un adolescent fougueux. Comme son héros, l'écrivain est né en 1950 à Latina, a quitté le séminaire, s'est engagé chez les néofascistes du MSI avant d'être exclu du mouvement et de se tourner vers l'extrême gauche. Cette inspiration autobiographique ne vire pas ici aux exercices convenus de justification ou de repentance. Pennacchi préfère brosser le portrait truculent d'un gamin aussi arrogant qu'attachant. Fasciste et fier de l'être, Accio Benassi ne cesse de rappeler la grande oeuvre à ses yeux du Duce, l'
« assainissement des marais ». Fasciste ou communiste, peu importe la casaque, pourvu qu'elle vomisse les tièdes :
« Les communistes rêvaient d'un monde que nous exécrions tant il était égalitaire, massifié, collectivisé. Mais ce monde leur paraissait parfait, idéal. Les jeunes qui fréquentaient la démocratie chrétienne (...) ne pensaient qu'aux affaires et à l'argent qu'ils gagneraient une fois devenus grands (...) tandis que, les communistes et nous, nous voulions faire la révolution. » Des années plus tard, rouges et bruns fraterniseront à Rome afin de casser du flic et se partager le contrôle des universités.
Passé à l'extrême gauche, autant pour plaire à la belle communiste Francesca que pour devenir l'ami de Serse, Accio regarde avec affliction ses anciens compagnons devenir «
les gardes blancs du capital » et tourner le dos «
au fascisme de la République sociale, pour soutenir l'État, le statu quo, le régime démocrate-chrétien ». Chez les rouges, il retrouve son frère aîné Manrico, celui que préfère leur mère. On aura compris que chez Accio l'activisme est d'abord une histoire de famille et de coeur. Il s'agit de renouer avec la chaleur du clan, de perpétuer l'enfance, d'avoir des amis car «
un homme sans amis n'est pas un homme », le tout en traquant le regard des filles. Chronique familiale et politique de l'Italie d'avant « les années de plomb »,
Mon frère est fils unique emporte le lecteur par la vivacité du récit, la drôlerie des dialogues et cet esprit frondeur emprunté à la comédie italienne. Comme dans un film de Risi, la farce tourne à la tragédie. On voit venir le temps de la clandestinité, du terrorisme et le cauchemar de la guerre civile. Les très belles dernières pages sont aussi poignantes qu'une chanson d'autrefois rappelant les jours heureux.
Mon frère est fils unique d'Antonio Pennacchi traduit de l'italien par J. Baisnée Le Dilettante, 441p., 25 €.