LE FIGARO. - Vous venez de succéder à Stéphane Courbit à la tête d'Endemol France. Comment s'opère cette succession ?
Virginie CALMELS. - Je bénéficie du formidable héritage de Stéphane et Arthur. Endemol est dans une année de transition. Le groupe vient d'être racheté pour plus de 3 milliards d'euros par un consortium détenu à parts égales par Cyrte (société de John de Mol), Mediaset associé à Telecinco (sociétés du groupe Bersluconi), et le fonds Goldman Sachs. C'est un atout pour Endemol Monde de disposer d'un actionnaire bénéficiant d'une réelle connaissance des métiers de diffuseur et du talent créatif de John de Mol, fondateur de la société. De plus, cette alliance offre une réelle puissance financière. Notre précédent actionnaire, Telefonica, dont l'audiovisuel n'était pas le
core business, avait mis un frein au développement et stoppé la croissance externe. Désormais, Endemol va pouvoir étudier toutes les opportunités d'investissement dans les principaux pays que sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne et la Hollande.
Que représente la France dans les activités du groupe Endemol ?
C'est l'un des pays majeurs avec la Grande-Bretagne, et qui a connu une forte croissance. Endemol France est aujourd'hui en bonne santé. La société va réaliser 160 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année et elle affichera encore l'une des meilleures rentabilités du groupe.
Votre nomination entraîne-t-elle une réorganisation ?
Il n'y aura pas de changements radicaux. Je souhaite simplifier notre structure en mettant en place une organisation par pôles de compétences qui recouvrent les jeux, la téléréalité, le divertissement, la fiction, la TNT, l'interactivité, les nouveaux médias, le tout en coordination avec le département international et créativité.
Quelles sont vos priorités ?
Endemol France doit faire face à plusieurs enjeux. Le premier est de maintenir sa position de leader en confortant les accords avec les grands diffuseurs, TF1, M6, Canal + et France Télévisions. Nous devons aussi étendre et pérenniser les contrats avec les animateurs et producteurs comme nous venons de le faire, par exemple, avec Vincent Lagaf ou Arthur qui a resigné comme animateur jusqu'à fin 2010. Arthur reste, par ailleurs, administrateur d'Endemol France et va devenir conseiller du groupe Endemol Monde. 2007 marque la fin d'un certain nombre de contrats dits d'«
earn out ». La vingtaine de nos filiales étant désormais détenues à 100 % par le groupe, nous devons trouver de nouveaux modes d'intéressement pour nos animateurs et producteurs. C'est aussi grâce à la richesse de notre catalogue et à la force des émissions présentes à l'antenne que nous pourrons assurer leur fidélité. Mais Endemol France doit également acquérir de nouveaux talents et élargir sa palette de compétences notamment à la fiction pour laquelle nous venons de créer un département. Nous nous donnons deux ans pour investir ce segment et devenir rentable.
Que représente le contrat avec TF1 qui arrive à échéance en juin 2008 ?
Ce contrat signé en 2006 pour une durée de deux ans fait suite à un précédent contrat de cinq ans. Il représente aujourd'hui plus de la moitié de notre activité. Nous espérons le renouveler dans des conditions favorables pour TF1 et Endemol. Je considère que ce partenariat sur la téléréalité, l'access (18 heures-20 heures) avec des jeux, et des divertissements en prime time, est une réussite pour les deux parties, tant du point de vue économique que de la ligne éditoriale avec des produits identitaires à fortes audiences. Les discussions avec la chaîne devraient démarrer début 2008.
Les programmes de téléréalité sont-ils toujours aussi dominants dans votre activité ?
En volume d'heures produites, la téléréalité représente moins de 20 % de notre activité, qui reste dominée par les jeux (50 %) et les magazines et les divertissements (30 %). En revanche, ce genre représente plus de 50 % de notre chiffre d'affaires, compte tenu de sa forte présence à l'antenne (en access quotidien et en prime time hebdomadaire) et de l'ampleur des budgets de production mobilisés.
Endemol France compte-t-il investir les nouveaux médias ?
Internet et la téléphonie mobile ne représentent aujourd'hui qu'environ 5 millions d'euros de revenus. Mais c'est un enjeu stratégique pour notre métier même si la télévision reste le média de prédilection pour les grands événements. Nous avons l'intention d'attirer des compétences qui sont nées de cette génération des nouveaux médias et qui en maîtrisent les modèles économiques.