• David Martinon, un ''bébé Sarkozy'' qui prend son envol

    Aidé par le président, poussé par la « première dame », protégé par Claude Guéant : le porte-parole de l'Élysée, âgé de 36 ans, est propulsé au premier plan après une carrière dans l'ombre. <BR/>
    Aidé par le président, poussé par la « première dame », protégé par Claude Guéant : le porte-parole de l'Élysée, âgé de 36 ans, est propulsé au premier plan après une carrière dans l'ombre.
    Crédits photo : Paul Delort/Le Figaro

    C'est l'histoire d'un bébé Sarkozy devenu grand. Depuis quatre mois, David Martinon est en pleine lumière, propulsé au premier plan après des années d'incubation discrète dans les coulisses. Certains ont été écartés ; Martinon, lui, est monté. Mieux : ce jeune homme branché, dont le nom est cité chaque jour par les agences de presse, est désormais, à 36 ans, le successeur désigné de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly. Depuis longtemps, il veut se frotter au suffrage universel. Cette envie, souvent formulée auprès du « patron », vient d'être exaucée. Dimanche soir, David Martinon a connu son baptême du feu, et son premier bizutage. Arrivé avec le président à la mairie, il a dû en ressortir par une porte dérobée. Entre-temps, les militants de l'UMP présents en nombre ont chahuté ce « parachuté » auquel ils auraient préféré Arnaud Teullé, 41 ans, Neuilléen « de souche ». « La décision a été prise en juillet avec le chef de l'État », prévient Martinon, sans indiquer lequel a suggéré à l'autre la piste de Neuilly. Lui avait d'abord envisagé un atterrissage dans le Ve arrondissement de Paris, en cas de non-candidature de Jean Tiberi. Il a récemment quitté son appartement du XVIIIe pour emménager à Neuilly où, reconnaît-il, « rien n'est gagné ». David Martinon n'a pas encore les allures d'un élu de terrain. Ceux qui le suivent depuis longtemps se souviennent de ses costumes hypercintrés aux épaisses rayures, de sa chevelure longue
    et ondulée, qu'il n'arrivait à domestiquer qu'à coups de Gomina. Ce garçon svelte et dandy aurait pu devenir producteur de disques. Ses premières soirées dans la mythique boîte du Palace, à Paris, il les a connues à 16 ans, emmené par l'un de ses trois frères aînés. Élève, non loin de là, dans un établissement catholique du Xe, à Rocroy- de-Saint-Léon, il a connu les froncements de sourcil des pères supérieurs. Ce qui ne l'empêchait pas, avec sa « bande de potes », de s'égayer dans le Paris « popu ». « Nous avons reçu une éducation assez sévère, cela explique un certain anticonformisme », résume l'intéressé. Pas vraiment rebelle, mais décalé, tendance caustique plutôt que classique. La variété française est moins sa tasse de thé que le Velvet Underground ou The Cure. Il avoue n'avoir pas encore les goûts musicaux du président. Johnny ou le Top 50 de Radio Nostalgie, il n'est pas fan. Mais « j'y viens », nuance-t-il avec un sourire. En attendant, Sarkozy a voulu accélérer la mue de celui qui fut pendant cinq ans son sherpa à Beauvau et Bercy. Avant l'été, le chef de l'État recevait une assemblée de donateurs pour les remercier de leurs contributions financières à sa campagne. Et leur a présenté son nouveau porte-parole : « Sa coupe de cheveux n'allait pas du tout, et les costumes non plus. Je l'ai un peu relooké, et maintenant ça va. » Depuis, Martinon ne se présente plus qu'en costume noir uni, de coupe sobre, agrémenté de cravates rouges ou bleues. Des journalistes avec qui il passe beaucoup de temps, il dit : « Vous êtes très français, vous préférez le superficiel au concept.» Martinon a inventé un « porte-parolat cool et décontracté », commente l'un de ses amis. Aidé par le président, poussé par son épouse, protégé par Claude Guéant : autant de soutiens suscitent quelques jalousies.

    Après Rachida Dati, il est présenté comme l'autre favori de la « première dame », dont il a fait la connaissance au cours de nombreux voyages, entre 2002 et 2005, quand il jouait les émissaires de Sarkozy au Mali ou au Liberia. « Si tous les chouchous de Cécilia sont servis, et que les autres n'ont rien, c'est peut-être plus qu'une coïncidence », lâche l'un de ceux qui déplorent le « favoritisme » du prince. Réponse de Martinon : « Je ne vois pas pourquoi j'aurais honte d'avoir Cécilia comme amie. » Une amie qui sera également son témoin de mariage. « J'ai été nommé chef de cabinet pendant la campagne sans le vouloir, à un poste où il n'y avait que des coups à prendre. Je me suis dit que si Cécilia avait recommandé mon nom, c'est donc que je devais pouvoir le faire. Elle s'est assez peu trompée depuis vingt ans : c'est elle qui a recommandé tous ceux avec qui travaille le président. » À 19 ans, en 1990, ce fils d'ingénieur participe aux états généraux de l'opposition. Il croise Sarkozy. Fréquente Madelin, gratte au ministère de la Défense pour Léotard et Morin. Passent dix ans, au cours desquels il entre à l'ENA où il fait la connaissance de Bruno Lemaire, futur directeur de cabinet de Dominique de Villepin, et de Cédric Goubet, actuel chef de cabinet de Sarkozy. Goubet se souvient de parties de foot des anciens élèves de l'ENA. Tous les deux se demandent alors qui sera « le Zidane » de la droite. En 2000, Martinon choisit Sarkozy quand celui-ci est encore en pleine traversée du désert. Ils se voient trois minutes. Et le jeune homme monte à bord du « sarkotour », pour n'en plus redescendre.
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