
C'est entendu : les seniors ne sont pas suffisamment nombreux à travailler. Peut-on faire mieux ? Aucun doute pour l'Association des directeurs de ressources humaines (ANDRH), qui rappelle que le taux d'emploi des plus de 55 ans, tombé à 38,1 %, était de 54 % dans les années 1970. Mais la présidente de l'association, qui a fait interroger par Inergie Opinion les responsables du personnel de 527 moyennes et grandes entreprises, reconnaît qu'« on ne sort pas de trente ans de pratiques du jour au lendemain ». Pour Charlotte Duda, « il faut à la fois donner envie aux salariés de continuer à travailler et envie aux entreprises de garder les seniors » .
Côté salariés, cela passe par l'incitation financière (cumul emploi-retraite, surcote), la gestion prévisionnelle des effectifs, le bilan de compétences à mi-carrière, la formation. Bien avant 55 ans, il faut par exemple penser à la reconversion des salariés qui exercent des tâches physiquement dures (du manutentionnaire à la puéricultrice qui passe ses journées « au ras du sol » à la crèche) vers des tâches administratives ou d'encadrement.
« La pensée dominante, c'est “ travailler c'est génial !” , ironise la présidente de l'ANDRH. Mais à 55 ans, on peut légitimement trouver qu'on a bien mérité de s'arrêter. Beaucoup de quinquas sont satisfaits de leur métier mais pas des conditions dans lesquelles ils l'exercent. Télétravailler pour réduire son temps de transport, c'est une forme de lutte contre la pénibilité. Les salariés n'acceptent plus d'être pressés comme les générations précédentes. » Et pour Charlotte Duda, ce n'est pas seulement la faute aux 35 heures qui dévalorisent le travail ! « Aujourd'hui, on a beaucoup de familles monoparentales ou recomposées, et de foyers où les deux parents ont un emploi : ils ne peuvent pas accepter n'importe quelles conditions de travail. »
Côté entreprises, la présidente de l'ANDRH déplore un raisonnement à courte vue, que l'on pourrait résumer d'une formule lapidaire : les vieux, ça coûte cher. Charlotte Duda voudrait disposer d'outils statistiques pour « montrer aux directions financières et aux directions générales qu'il y a un retour sur investissement, que les seniors sont mieux payés mais plus productifs grâce à leur expérience ». Elle plaide aussi pour un allégement des charges pour les plus de 55 ou 57 ans ce qui n'est pas prévu. Mais elle juge normal que, faute d'amélioration de la situation d'ici à 2010, une cotisation supplémentaire frappe les entreprises, comme l'envisage le gouvernement.
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