
En France, la maltraitance des personnes âgées n'a pas un visage mais mille. Souvent physique (25,6 % des cas signalés au 39 77, le numéro national contre la maltraitance), elle est également psychologique (25 %), financière (12 %) ou encore médicamenteuse. Plus souvent encore, elle s'exprime de manière passive, avec des négligences de tous ordres, du tutoiement à l'inattention en passant par l'infantilisation et le non-respect des pudeurs. Face à l'ampleur de ces mauvais traitements (pas moins de 31 245 appels au 39 77 depuis son lancement en février), la secrétaire d'État chargée de la Solidarité, Valérie Létard, a lancé jeudi un plan de «bientraitance des personnes âgées accueillies en établissement».
Parallèlement à une vaste campagne de formation des personnels d'établissements (250 000 formés en trois ans, pour 132 millions d'euros), le contrôle constitue l'axe principal de cette opération. Non pas qu'il soit quantitativement renforcé, mais plus ciblé : sur les 1 000 contrôles effectués par an dans les établissements, 750 se feront de manière inopinée au lieu des 500 actuellement réalisés, soit «une proportion qui passe de 50 % à 80 %», se satisfait Valérie Létard.
Un effort, certes, mais tout relatif si l'on considère qu'il y a 10 000 maisons de retraite en France. «Depuis 2006 nous avons déjà doublé le nombre de contrôles, ce n'est pas rien ! se défend la ministre qui compte néanmoins muscler cette dynamique d'efforts considérables.» «Ce n'est pas la multiplication des contrôles inopinés qui va changer les choses mais le contrôle ciblé de certains établissements pour lesquels on demande la fermeture depuis quinze ans !» s'impatiente Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), qui estime à 3 ou 4 % le nombre des «établissements indignes» sur le territoire.
Une analyse contestée par la ministre de la Solidarité, qui assure que «cent établissements par an sont fermés pour cause de vétusté ou d'insalubrité». Les associations restent dubitatives : «Si c'est vrai, pourquoi ne pas mettre en place des commissions de transparence entre familles, établissements et Ddass pour établir un état des lieux département par département ?» demande Pascal Champvert.
Le plan de la ministre de la Solidarité surprend pour une autre raison : pourquoi imaginer cette politique en direction des établissements de personnes âgées alors que la maltraitance a majoritairement lieu à domicile (74 %, selon les dernières statistiques) ? «On cible là où c'est le plus facile mais pas là où il faudrait le faire en priorité », déplore Françoise Toursière, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d'établissements et services pour personnes âgées.
«Même si les cas sont minoritaires en établissement, nous voulons aller vers la zéro maltraitance, réplique Valérie Létard qui promet de renforcer le dispositif déjà engagé à domicile. » Un plan qui veut surtout désamorcer le «sentiment de suspicion» du grand public vis-à-vis de ces établissements et parer les coups à venir, avec la diffusion sur France 2, mercredi prochain, d'un reportage choc en caméra cachée.
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