• L'Argentine nationalise
    son système de retraites 

    Lamia Oualalou
    22/10/2008 | Mise à jour : 09:07
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    Cristina Kirchner, présidente argentine. (Photo Figaro)
    Cristina Kirchner, présidente argentine. (Photo Figaro)

    La présidente argentine Cristina Kirchner met fin à quatorze ans de parenthèse libérale.

    Buenos Aires

    La crise financière mondiale vient de faire une nouvelle vic­time : la présidente argentine Cristina Kirchner a annoncé hier la nationalisation du système privé de retraites, qui couvre 9,5 millions de personnes. Elle veut ainsi sauver les pensions des retraités, qui ont plongé en raison des turbulences des marchés.

    Carlos Menem, président de 1989 à 1999. (DR)
    Carlos Menem, président de 1989 à 1999. (DR)

    Le projet de loi ferme ainsi la parenthèse libérale ouverte en 1994. À l'époque, l'Argentine, dirigée par Carlos Menem, et considérée comme le meilleur élève du Fonds monétaire international, annonçait en fanfare l'introduction de la capitalisation en plus du système par répartition à la française prévalant jusqu'alors. En théorie, les travailleurs avaient le choix entre les deux systèmes. En pratique, ils basculaient automatiquement dans le privé s'ils ne manifestaient pas expressément leur volonté de rester dans le giron public. Encouragée par la Banque mondiale, la capitalisation prétendait ôter un poids aux finances publiques et offrir des retraites plus élevées, car gérées de façon plus rentable par les fonds de pension. Ces capitaux, qu'on imaginait placés dans des investissements productifs au lieu de dormir dans les caisses de l'État, devaient alimenter la croissance économique. Rien ne s'est passé comme prévu. Les fonds de pension ont spéculé en Bourse, ou sur la dette publique (sur laquelle l'État a fait défaut en 2001), et leurs frais de gestion exorbitants ont réduit les pensions. Surtout, le système a abouti à une formidable hypocrisie : des 9,5 millions de cotisants théoriques, seuls 3,6 millions font des apports réguliers. Les autres n'en ont pas les moyens et dépendent finalement de l'État pour obtenir une pension minimale.

    Améliorer la trésorerie

    Saluée par les syndicats, la décision de Cristina Kirchner répond donc à une ancienne revendication sociale. L'opposition y voit néanmoins une façon de mettre la main sur les 97 milliards de pesos (22,6 milliards d'euros) gérés par les fonds de pension et d'améliorer la trésorerie de l'État grâce aux 15 milliards de pesos (3,5 milliards d'euros) de cotisations annuelles. À court terme, l'opération faciliterait le remboursement d'importantes échéances de la dette, alors que Buenos Aires ne peut emprunter sur les marchés après avoir imposé une restructuration à ses créanciers en 2005. À long terme, l'État s'engage à assurer les retraites de la population. Le projet de loi préfigure une nouvelle bataille, en particulier au Sénat, dans un contexte politique tendu.

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