• Le dépistage du cancer
    de la prostate contesté 

    Jean-Michel Bader
    21/11/2008 | Mise à jour : 21:30
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    Détecter ce type de pathologie n'aboutit pas forcément à la guérisonni à une survie améliorée.Les incertitudes alimentent la controverse.

    Un collectif de 200 médecins généralistes français réclame un moratoire sur le dépistage du cancer de la prostate. Sur leur site Internet «Touche pas à ma prostate», ils demandent l'arrêt des campagnes de promotion du dépistage du cancer de la prostate, préconisé notamment par l'Association française d'urologie (AFU). La démarche du nouveau collectif n'est pas isolée. Épidémiologistes, sociétés savantes, agences sanitaires ou organisations internationales contestent eux aussi cette volonté du dépistage à tous crins.

    Comment en est-on arrivé là ? Le bon sens tendrait à penser que plus on dépiste tôt une maladie, plus le traitement peut être rapidement entrepris et la survie assurée. Or, comme toutes les sociétés médicales savantes le savent, pour le cancer de la prostate, ce n'est pas vrai. C'est un cancer très fréquent : à 60 ans, on estime qu'un homme sur deux ou trois est silencieusement porteur de cellules cancéreuses prostatiques. À 90 ans, près de 100 % des hommes en sont porteurs et un cancer est découvert dans 30 à 40 % des autopsies.

    Certaines tumeurs très agressives emportent les malades en deux ans, mais bien d'autres sont peu évolutives pendant de nombreuses années. Dans le même temps, la mortalité par cancer de la prostate est estimée entre 1,3 et 3 % : ce n'est donc pas un tueur féroce. Une étude parue en 2002 dans le New England Journal of Medicine, comparant chez 700 Américains de moins de 75 ans, l'ablation chirurgicale de l'organe malade à une simple surveillance, pour des cancers «précoces» de faible taille, n'a pas trouvé de différence significative dans la mortalité des deux groupes tirés au sort.

    Une autre étude parue en 1997 dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) sur 300 patients ayant un cancer localisé avait déjà trouvé que la survie à quinze ans du groupe opéré dès le diagnostic était la même que celle du groupe ayant eu un traitement différé.

    Les autorités sanitaires françaises ne semblent d'ailleurs pas très pressées d'organiser ce dépistage, alors qu'il existe pour le cancer du sein et commence à se mettre en place pour le cancer du colon. Ainsi, la Haute Autorité de santé (HAS), l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation des soins (ANAES) ou l'Institut national du cancer (Inca) sont très prudentes. La Caisse nationale d'Assurance-maladie, qui tient les cordons de la bourse, n'est pas non plus intéressée.

    Aux États-Unis, l'American College of Preventive Medicine «ne recommande pas le dépistage de masse au moyen du toucher rectal et du dosage de l'antigène prostatique spécifique (PSA)». Et l'US Preventive Medicine Task Force ne veut plus dépister les hommes de plus de 75 ans.

    Dangerosité et âge du patient

    Deux épidémiologistes français, le Pr Gérard Dubois et le Dr Alain Braillon, viennent de publier dans le British Medical Journal une lettre à l'éditeur où ils rappellent que 36 % des Français sont soumis au test de dépistage de la prostate tandis que seulement 25 % ont eu un dépistage du cancer du colon, dont l'efficacité est prouvée.

    Le président de l'AFU, le Pr Pascal Richmann, se défend de vouloir imposer le dépistage à tous les Français : «Nous ne prônons que le dépistage individuel, et encore, en fonction de l'âge.Un cancer qui s'exprime cliniquement chez un homme de 50 à60 ans lui fait courir un risque majeur. Il faut le soigner. Alors qu'il faut laisser tranquilles les hommes de plus de 75 ans ayant le même cancer.»

    En France, 85 % des 2,7 millions de tests PSA (les marqueurs sanguins du cancer) sont prescrits par des médecins généralistes. Ils les prescrivent souvent par crainte d'éventuelles procédures judiciaires de patients se plaignant de «pertes de chance». Pourtant, les médecins seraient en droit d'avertir leur patient des risques inhérents à la chirurgie de la prostate : impuissance, incontinence, voire septicémies.

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